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De l’uranium non déclaré quitte la RDC vers la Chine, caché dans le minerai de cobalt

Entre 2 000 et 5 000 tonnes d’uranium naturel auraient été extraites de la République démocratique du Congo (RDC) et exportées vers la Chine sans jamais être déclarées aux autorités internationales, selon une étude parue fin juillet dans la revue Nature Communications. Cet uranium accompagne le cobalt, minerai stratégique de la transition énergétique, tout au long de la chaîne d’exportation.

Le phénomène s’explique par la géologie. Dans plusieurs gisements congolais, l’uranium se trouve naturellement associé au minerai de cobalt, d’autant que certaines zones exploitées aujourd’hui pour le cobalt l’ont été autrefois pour l’uranium. L’extraction ciblée d’un métal entraîne fréquemment la remontée d’autres éléments, et les propriétés chimiques du cobalt favorisent particulièrement la présence d’uranium.

En l’absence de séparation délibérée, l’uranium demeure lié au cobalt sur l’ensemble de la chaîne : extraction, transformation en hydroxyde de cobalt, puis exportation en tant que matière première industrielle. L’essentiel de ce minerai est acheminé vers la Chine pour y être raffiné. C’est lors du raffinage, lorsque le cobalt brut est purifié en métal, que l’uranium est retiré et devient un sous-produit valorisable.

Publié le 30 juillet dans Nature Communications, le travail est cosigné par Sébastien Philippe, professeur adjoint de génie nucléaire à l’Université du Wisconsin–Madison, et Ryan Manzuk, chercheur à l’Université de Princeton. Les deux auteurs ont croisé des données de minéralisation et de géochimie à l’échelle nationale, des registres commerciaux par mine et un modèle chimique du traitement du cobalt afin d’estimer les volumes d’uranium sortis du territoire congolais.

Selon leurs estimations, entre 2 000 et 5 000 tonnes d’uranium naturel auraient quitté la RDC dans les cargaisons d’hydroxyde de cobalt entre 2000 et 2024, sans qu’aucune production d’uranium n’ait été officiellement déclarée. Moins de 10 % de cette matière aurait été rendue publique et placée sous garanties internationales.

D’après les auteurs, cette quantité pourrait fournir la matière fissile nécessaire à la production de 600 à 1 500 armes nucléaires, ou alimenter un réacteur à eau légère classique pendant dix à vingt-cinq ans. Cet ordre de grandeur explique l’attention médiatique portée au dossier.

Une contradiction apparente à clarifier

Il convient de concilier deux constats en apparence contradictoires : l’absence de toute production d’uranium officiellement déclarée, d’une part, et l’existence d’une fraction déclarée inférieure à 10 %, d’autre part. La nuance tient au mode de comptabilisation de l’uranium.

Selon les registres de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), la RDC n’enregistre plus de production d’uranium depuis les années 1980. La proportion inférieure à 10 % renvoie à un cas précis : celui de l’usine finlandaise de Kokkola. Entre 2010 et 2017, cette installation a récupéré, déclaré et vendu de l’uranium issu de la purification de produits de cobalt d’origine congolaise. Cet uranium a toutefois été enregistré comme sous-production finlandaise, et non attribué à la RDC. Aucune production congolaise correspondante n’a donc jamais été officiellement constatée.

Un risque de prolifération à nuancer

Interrogé sur la portée réelle de ces chiffres, Robert Jordan, du Royal United Services Institute (RUSI), appelle à la prudence. L’uranium n’est pas le matériau privilégié des puissances nucléaires modernes, qui reposent surtout sur le plutonium. La proportion d’uranium dans ce minerai est faible, son extraction serait coûteuse, et le véritable obstacle à la fabrication d’une arme reste l’enrichissement. Enfin, en tant que membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, la Chine n’a pas à déclarer ses activités nucléaires militaires et ne dépendrait pas de cet uranium pour développer son arsenal.

Des risques avérés pour les travailleurs et l’environnement

Au-delà du scénario militaire, largement théorique, l’étude souligne un danger plus immédiat : 1 000 à 4 000 tonnes d’uranium auraient été rejetées dans les résidus miniers, faisant peser des risques sanitaires et environnementaux sur les mineurs et les communautés riveraines, en particulier dans le secteur artisanal.

Vers un audit national

Les auteurs recommandent un audit approfondi de l’activité minière en RDC et de nouvelles règles pour séparer l’uranium de la chaîne du cobalt. Ils précisent qu’aucun élément n’indique une manœuvre délibérée : le problème tient au fait que les volumes exportés dépassent les seuils devant être déclarés à l’AIEA, échappant ainsi à tout contrôle sur leur usage final. Début août, le gouvernement congolais a annoncé l’ouverture d’une enquête sur la contamination à l’uranium des exportations de cobalt.

Article rédigé par Robine Dielumvuidi, consultante en gestion et stratégie d’entreprises

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